Écrits anciens. Cette scène montre la place de l’écrit dans les campagnes
25 déc. 2025/image%2F7030078%2F20251225%2Fob_99a115_a-partir-pieter-brueghel-le-jeune-le-b.png)
Peter Brueghel le Jeune Le bureau du percepteur d’impôts
Daté de 1617 dans la version du musée du Louvre, ce tableau est connu à plusieurs dizaines d’exemplaires à travers le monde, sous des titres divers tels que « le paiement de la dîme », « l’avocat de village », « le cabinet d’un procureur », « les redevances seigneuriales »... C’est dire la fortune de la scène dont nombre de versions sont identifiées comme venant directement de l’atelier Brueghel. En dehors du témoignage d’une production presque commerciale, cette scène montre la place de l’écrit dans les campagnes.
Analyse des images
Dans une petite pièce, face à un avocat qui porte le bonnet des hommes de loi, se pressent de nombreux solliciteurs. Le chapeau à la main, les paysans de tous âges viennent présenter leur affaire. L’un d’entre eux tient des grappes de raisin, un autre une volaille, une femme sort des œufs d’un panier. Installé derrière la porte entrouverte par laquelle un nouveau plaignant est en train de se glisser, un clerc écrit sur un petit bureau encombré de papiers. Partout dans la pièce pendent des sacs gonflés des pièces de procédure, identifiés par une étiquette cousue ; sur les étagères s’amoncellent de nombreux papiers pliés en liasses, froissés parfois et même déchirés, qui débordent jusque sous les pieds de l’avocat et dans les coins de la salle. Dans cette représentation satirique de la justice, le maintien de l’avocat, désinvolte, avachi sur son siège, reflète la distance entre l’homme qui détient le savoir et les paysans, inclinés dans une attitude humble de respect et de soumission. Mais ce sont aussi l’entassement et l’encombrement des papiers qui attirent l’attention.
Interprétation
Si ce tableau est souvent utilisé pour illustrer la perception de l’impôt et notamment son paiement en nature à travers les denrées visibles dans les mains de plusieurs personnages, il représente plus vraisemblablement un avocat rural. En effet, les papiers que celui-ci conserve autour de lui, suspendus dans des sacs en chanvre soigneusement étiquetés, sont caractéristiques des placets, mémoires et pièces de procédure que l’on trouve dans les archives de justice jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. D’autres documents sont simplement pliés dans la longueur et tenus par une ficelle. Dans Les Plaideurs, Racine mentionne d’ailleurs à plusieurs reprises les gros sacs à procès de Dandin, mais aussi les importantes dépenses qu’entraîne sa manie procédurière.
Ce mode de rangement des papiers était d’autant plus courant que la culture du chanvre était très répandue dans les campagnes jusque dans les années 1950. Souvent cultivé par les femmes, le Cannabis sativa était utilisé dans son entier, notamment pour fabriquer des cordes de marine, de l’étoupe, du gros fil que l’on tissait à domicile pour les draps. Dans certaines régions linières, on avait recours au lin pour la confection de ces sacs.
Ce rangement caractéristique des documents judiciaires d’Ancien Régime a parfois traversé les siècles, et certains fonds d’archives renferment encore aujourd’hui des documents dans des sacs de grosse toile de chanvre. La langue française en garde aussi trace dans des expressions comme « l’affaire est dans le sac », « avoir plus d’un tour dans son sac » ou « une affaire pendante ».
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