Bien dit. Éloge du papier à l’heure du déluge numérique
29 déc. 2025/image%2F7030078%2F20251229%2Fob_cd920b_bien-dit-291225.jpg)
Si la civilisation de l’imprimé coexistera sans doute longtemps avec celle du pixel, le sort du journal papier demeure plus qu’incertain. Happés par les informations qui défilent, souvent gratuitement, sur leurs écrans, les lecteurs fuient les marchands de journaux, dont les ventes s’effondrent. En France, sur les 199 magazines recensés par l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM), plus de 150 ont vu leur diffusion payante baisser entre juillet 2024 et juillet 2025. Sur les onze premiers mois de l’année 2025, les ventes au numéro du quotidien Le Monde ont fondu de 15,3 %, celles du Figaro de 13,3 % ; Le Nouvel Obs affiche une baisse de 17,7 %, Télérama de 11,7 %… Pour masquer la bérézina, les titres gonflent artificiellement leur portefeuille d’abonnés numériques à coups de promotions qui fleurent la liquidation (« offre exceptionnelle Libé Friday, 2 ans pour 50 euros », soit moins de 10 centimes par jour). Mais le subterfuge ne compense pas les pertes générées par la diminution des ventes papier, et les suppressions de postes se multiplient : au Parisien, au Point, au Courrier picard, à La Montagne, au sein du groupe CMI (Marianne, Franc-Tireur, Elle…), chez Prisma Presse (Télé-Loisirs, Voici, Géo, Femme actuelle…), etc. Aux États-Unis, 136 journaux ont mis la clé sous la porte en 2024, faisant disparaître 7 % des emplois du secteur. L’hécatombe de titres conçus pour étendre l’influence de leurs propriétaires ne menace guère le pluralisme, mais elle renforce les positions de l’information algorithmique et accentue encore le dépeuplement des maisons de la presse. Cet effet de bord nous touche de plein fouet.
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