Le « Journal intime » de Restif de la Bretonne — essentiellement constitué par le recueil intitulé « Mes Inscripcions » (1780-1787) — occupe une place singulière dans la tradition autobiographique et journalière française du XVIIIe siècle. Ce texte, retrouvé sous forme de manuscrit autographe à la Bibliothèque de l'Arsenal, permet de saisir la profondeur et l'ambition d'une écriture intime exposant les tours, les combats et les faiblesses de son auteur, tout en documentant son époque et ses milieux.

Le journal de Restif de la Bretonne aborde une palette de thèmes extraordinairement variée :

  • Le quotidien familial et la tendresse pour ses enfants, la complexité des relations et les malheurs domestiques.
  • Le travail acharné d'imprimeur et d'écrivain, les luttes contre la censure et les critiques.
  • La société et les mœurs du XVIIIe siècle, la fréquentation des salons, des théâtres, le secours aux infortunés.
  • La sexualité et les passions amoureuses, les galantes aventures, l'obsession du désir et ses tourments moraux.
  • Une réflexion introspective permanente, souvenir sur la sincérité, la vérité du récit de soi, la difficulté à exposer ses défauts sans recourir au mensonge ou à la faute modestie.
    Ces thèmes sont traités dans un style direct, parfois abrupt, contributif à l'image d'un « Rousseau du ruisseau » revendiquant l'authenticité et l'autonomie du moi scriptural.

Positionnement dans la littérature du genre

Le  Journal intime de Restif fait office de précurseur dans le genre du journal personnel et de l'autobiographie moderne. Il se distingue par son incident pour le réel, sa sincérité affectée, son refus des conventions littéraires, rejoignant ainsi la révolution autobiographique amorcée simultanément par Rousseau avec ses Confessions.
Restif inscrit son travail dans une hybridation constante : souvenirs personnels, inventaire quotidien, analyse morale. « Mes Inscripcions » précède les nouveaux journaux intimes du XIXe siècle et se rapproche des grands textes autobiographiques tels que « Monsieur Nicolas » (également de Restif), tout en demeurant un document rare sur la vie intellectuelle et sociale sous l'Ancien Régime.
Il occupe une place croisée, entre littérature du fait divers et proto-journal intime moderne. Les spécialistes soulignent la dimension créatrice de l'inscription comme forme littéraire originale.

Accueil de la critique à l'époque

La réception du Journal intime à la fin du XVIIIe siècle fut mitigée : certains ont vu en Restif un auteur marginal, trop obsédé par la « petite histoire » ou la crudité du quotidien pour plaire aux institutions littéraires. Pourtant, sa sincérité et sa capacité à transmettre une vision du monde sans filtre, provoquent la curiosité de quelques contemporains et la polémique chez d'autres, qui le stigmatisent comme une « critique cynique, dénué de talent ». Son lectorat demeura confidentiel à l'époque, dominant dans les coups populaires plutôt que chez les élites.

Accueil du public. Maintien au long cours

Au XIXe siècle, l'image de Restif change : Nerval, Monselet, Lacroix, Soury et Assézat redécouvrent ses textes, font revivre l'auteur à travers des études critiques et bibliophiles, ce qui provoque la hausse de la valeur de ses œuvres sur le marché du livre ancien. Sa réputation reste cependant marginale dans le corpus scolaire et universitaire pendant longtemps ; aujourd'hui, c'est surtout le public érudit, les chercheurs et bibliophiles qui entretiennent la mémoire et la conférence du « Journal intime » grâce à des sociétés savantes et des colloques spécialisés. Le maintien au long cours s'opère surtout par le biais de publications critiques et d'études universitaires.

Remarques de Restif sur l'écriture

Restif de la Bretonne s'est souvenu exprimé sur sa propre pratique de l'écriture : il revendique la vérité, la spontanéité et le refus du mensonge, même au risque du mépris. Son style de notation vue l'instantanéité et la trace du vu, dans une guerre contre la faute représentation : « Je serai vrai, lors même que la vérité s'exposera au mépris » ; « Je vous conterai la vie d'un homme naturel, qui ne redoutera que le mensonge ». L'écriture du journal est vue comme une médiation salvatrice entre le présent et le souvenir, entre l'intime et le social. Il réfléchit à la maturité du texte manuscrit et à la fonction morale et universelle de la libération conditionnelle à temps.

Actualité en 2025 : lit-on encore Restif ?

En 2025, Restif de la Bretonne reste un auteur lu principalement dans les cercles érudits et universitaires. Sa réception contemporaine se maintient grace à des sociétés savantes et une revue universitaire spécialisée, les « Études rétiviennes ». Des colloques consacrés à son œuvre sont organisés et sa correspondance et ses journaux font l'objet de nouvelles éditions critiques. S'il demeure absent des programmes de lecture grand public, Restif conserve une place stable chez les spécialistes de la littérature du XVIIIe siècle, de l'histoire du livre et de la pratique autobiographique. Son œuvre continue à être cité dans les recherches sur le genre du journal intime et de l'épistolaire.

 

Les thèmes principaux du Journal intime de Restif de La Bretonne, majoritairement articulés dans « Mes Inscripcions » (1780-1787), se démarquent par leur diversité et leur audace, révélant une vérification archéologique de l'intime. Ce texte est considéré comme comme l'un des premiers témoignages de l'élaboration du moi moderne au XVIIIe siècle.

Mémoire, rémémoration et oubli

Restif met au cœur de son Journal la question de la mémoire et de l'oubli, en usant du journal comme outil de remémoration privée. Le journal cherche moins à transmettre qu'à retenir pour lui-même les sensations marchantes (plaisir, affection, douleur, culpabilité), composant ainsi une sorte d'archive affective et morale fondue sur l'inventaire du quotidien et la lutte contre l'effacement de soi. Le passé est travaillé comme un matériau narratif à vailleur autonome introspectif qu'exemple.

Vie familiale et relations privées

Le Journal intime revient sans cesse sur la vie familiale, les relations avec ses enfants, les heurts domestiques et les dynamiques de parenté. Restif consacre de nombreux récits à la généalogie, à l'héritage et aux rapports filiaux, mettant en scène la transmission, la légitimité et l'autorité. Ces récits sont à la fois justifications du moi et des scènes de reconnaissance ou de conflit avec l'entourage.

Mœurs sociales et observations du réel

L'auteur n'hésite pas à écrire longuement la société de son temps : mœurs populaires, milieux professionnels et urbains, interactions avec les compagnies imprimeurs ou les chiffres marginaux. La réalité sociale apparait dans son âme, Restif revendiquant une forme de vérité « basse » faisant écho aux droits du fait divers et à la littérature populaire.

Sexualité, passions et sentimentalité

Un pan majeur du journal est consacré à la passion amoureuse et à la sexualité, expositions sans fard ni idéalisation. Les désirs, les échecs, les aventures galantes, les pulsions et contradictions du cœur sont analysés dans une optique introspective et expérientielle. Cette veine sentimentaliste s'allie à une dimension morale, celle de la faute, du jugement et du remords.

Travail, vocation et écriture

Le journal documente en continu le parcours professionnel de Restif : travail d'imprimeur, vocation d'écrivain, luttes contre la pauvreté, la censure et l'adversité. Il médite fréquemment sur l'écriture elle-même, sur la difficulté à dire vrai, sur la puissance formatrice et transformatrice du récit de soi, et sur la maturité du manuscrit comme trace du sujet.

Authenticité, mensonge et réflexivité

Restif réfléchit constamment à l'authenticité et à la vérité. Il met en scène ses propres mensonges et tricheries d'enfance, examine les risques de falsification et les pièges de l'autobiographie, s'impose une rigueur d'attention à la sincérité — tout en évitant ses défaillances, ce qui donne au texte une dynamique réflexive et critique.

Conclusion

L'analyse des thèmes du Journal intime montre l'ambition novatrice de Restif, qui conjugue écriture du moi, inscription sociale et souci éthique. Sa pratique du journal personnel invente de nouvelles formes de narration, préfigure les journaux du XIXe siècle et enrichit la réflexion sur l'intime sous l'Ancien Régime.

 

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