Chapitre IV. … et montre la source des mots

Pages 162 à 225

L’écriture rend visible l’invisible et cela constitue l’une de ses puissances, celle que nous, les Modernes, avons écartée de notre conscience depuis longtemps. Ce qui nous paraît digne de questionnement revient à la relation entre l’oral et l’écrit et de nombreuses pages traitant ce sujet insistent sur le fait que l’écrit ne représente pas la parole. C’est vrai. Nul n’écrit comme il parle, puisque la plupart de nos phrases sont, à l’oral, tronquées, laissées en suspens et agrammaticales, mais nul n’écrirait si l’on ne parlait point de langues naturelles. Certes, l’écriture en alphabet complet ne représente pas la parole, quotidienne, individuelle, ni ne note les énoncés actuels des personnes — ce n’est qu’au xxe siècle que la littérature se donna comme programme de le faire. Mais elle matérialise pour de bon la langue dite.
Il convient, pour aborder les pages qui suivent, d’oublier nos opinions sur le conflit entre oral et écrit, sur le mauvais mime que l’écriture serait de la vraie parole, sur l’arraisonnement de la pensée populaire par l’art des clercs au porte-plume exigeant et borné. Car la question à traiter est de savoir comment se greffent l’une sur l’autre, dans les écritures qui posent le graphisme à l’intérieur du sujet, la puissance des signes écrits à dévoiler l’invisible et leur compétence à faire entendre, plus ou moins, différemment, la langue dite.
Allons voir ce qu’il en fut en Iran mazdéen, dans la culture grecque antique et le monde juif. Mais pour cela, il faut prendre les choses d’assez loin…

 

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