Cahier XXXIII

Sous la direction de Arlette Bouloumié

Ce cahier examine le rôle de l’insolite dans l’écriture, la littérature française et étrangère, en privilégiant l’époque contemporaine. La fécondité de l’insolite au niveau du langage y est explorée ainsi que la permanence d’une poétique de l’écart. Caractéristique de la modernité, surtout depuis le surréalisme, l’insolite est connoté positivement, il ouvre sur l’exploration de l’inconnu.
 

Linda Rasoamanana. p. 113-123


"(L)a poésie, insolite et cinquième élément, sème ses planètes dans le ciel intérieur de l'homme, en leur ménageant un espace pour être mieux vues et une issue pour disparaître(…).1"

1Un soir de janvier 1947 à Paris, René Char se fait aborder dans une station de métro par une inconnue, qu'il prend pour une prostituée. Il cherche d'abord vainement à fausser compagnie à l'inconnue qui le poursuit. Finalement, il accepte de faire une promenade nocturne avec elle et quand il apprend le prénom de la jeune femme, Madeleine, il voit dans cette rencontre un signe fort de la "réalité noble"2. En effet, il a achevé l'après-midi même un poème évoquant le tableau Madeleine à la veilleuse3 de Georges de La Tour…

2Le récit de cette aventure insolite est bien plus qu'une anecdote autobiographique ou une réminiscence surréaliste : le poète jure d'ailleurs que tout s'est déroulé tel qu'il le raconte, deux ans plus tard4, dans son poème narratif. La communication nocturne pose en fait la question du réel et de l'inspiration. Pourquoi Char tient-il tant à reconnaître dans Madeleine — "cette passante opiniâtre5" — la "vérification6" de son poème ?

Voir plus : https://books.openedition.org/pur/12091

1R. Char, "Introduction", Dehors la nuit est gouvernée précédé de Placard pour un chemin des écoliers, in Œuvres Complètes, Paris, Gallimard, coll. "Bibliothèque de la Pléiade", 1983 (1ère éd.), 1990 (2ème éd.), p. 83.

2R. Char, "Une communication ? Madeleine qui veillait", Pauvreté et privilège, in Recherche de la base et du sommet, Œuvres Complètes, p665.

3Voir R. Char, "Madeleine à la veilleuse par Georges de La Tour", La Fontaine narrative, in Fureur et Mystère, Œuvres Complètes, p. 276. Voir aussi J.-C. Le Floch, La Tour. Le clair et l'obscur, Paris, Herscher, coll. "Le Musée miniature", 1995, p. 40-41 : "Madeleine à la veilleuse" (Huile sur toile, 128 x 94 cm ; Musée du Louvre, Paris).

4Le poème, daté du 26 janvier 1949, a été publié dans la revue Empédocle en avril 1949 : voir M.-C. Char, René Char. Dans l'atelier du poète, Paris, Gallimard, coll. "Quarto", 1996, p. 584-586.

5R. Char, "Une communication ? ", op. cit., p. 665.

6Ibid.

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Éditeur : Presses universitaires de Rennes

Lieu d’édition : Angers

Publication sur OpenEdition Books : 2 février 2016

ISBN numérique : 978-2-7535-4786-5

Collection : Nouvelles Recherches sur l’Imaginaire | 33

Année d’édition : 2008

ISBN (Édition imprimée) : 978-2-915751-23-9

Nombre de pages : 239

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Référence numérique du livre 

Bouloumié, Arlette, éditeur. Écritures insolites. Presses universitaires de Rennes, 2008, https://doi.org/10.4000/books.pur.12091.

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