"Michel de Certeau et l'écriture du quotidien", Tetrade, 1 (2014): 70-81
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By Eran Dorfman
Tout au long de son oeuvre, Michel de Certeau a tenté l'impossible : développer une écriture qui s'adapterait à la fois à la théorie qu'elle affirme et à l'objet qu'elle décrit. L'écriture, d'après Certeau, est ainsi censée exemplifier, incarner et articuler la recherche en même temps que ce sur quoi cette recherche porte. De nombreux interprètes l'ont noté à propos de L'écriture de l'histoire 1 : l'histoire est ce qui se trouve derrière nous, ce qui par définition est absent 2 , et c'est « cette absence qui constitue le discours historique » 3 . L'écriture de l'histoire, telle que la pratique Certeau, s'efforce donc d'exposer et de dévoiler sa propre absence pour répondre à son objet, qui est l'histoire, mais aussi en réponse à la recherche même, à savoir la théorie de l'histoire, ou, comme le dit Certeau, de la « fabrication de l'histoire ». Dès lors, l'écriture doit perdre son statut utilitaire et apparemment transparent, pour devenir l'un des acteurs principaux de la recherche. Plus encore, elle doit devenir une pratique qui s'adapte à la théorie tout en la complétant et la transgressant à cause de sa fidélité à son objet. L'écriture est le « valet de deux maîtres », un médiateur entre le champ théorique et le champ empirique, une pratique unique dont la méthodologie doit encore être développée.