Pour une « science de l'homme ». Les Journaux de Robert Musil
30 avr. 2025- Par Jacques Le Rider
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Un des journaux personnels les plus considérables du xxe siècle aura pris forme sans que son auteur y accorde une réelle importance : dans la plupart des passages, au demeurant peu nombreux, que Musil consacre à la réflexion sur le journal intime, il se montre très réservé. « Journaux ? Un signe des temps. On publie tant de journaux. C’est la forme la plus commode, la plus indisciplinée. Bien. Peut-être n’écrira-t-on bientôt plus que des journaux, jugeant tout le reste imbuvable. D’ailleurs, à quoi bon généraliser ? C’est l’analyse même : rien de moins et rien de plus. Ce n’est pas de l’art. Ce ne doit pas en être. À quoi bon s’étendre là-dessus ? » Juste après ces lignes fort sceptiques, nous lisons des notations qui relèvent du genre « diariste » le plus classique : « 13. II. 1902. Aujourd’hui avec Herma pour la dernière fois probablement dans notre ancienne chambre, dont la discrétion vit la perte de son “innocence”. Herma était très jolie. Sur une table — devant moi — des roses de Noël dans un plat en métal repoussé. Bien que cela sonne évidemment fort bien et m’ait toujours paru en imagination fort joli, je ne ressens rien ― rien du tout. Et il y a déjà deux mois que j’ai ces roses de Noël devant moi. » Une note de cette édition, dont l’apparat critique établi par Adolf Frisé est d’une remarquable précision, précise qu’il s’agit de Herma Dietz, un des modèles de Tonka dans la nouvelle du même nom du recueil Trois femmes, et que cette liaison a sans doute commencé dans l’été 1901…
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