Cette légende, a été rédigée il y a presque 4 000 ans, bien avant l’Iliade et l’Odyssée d’Homère ! Une version datée du VIIIe siècle avant notre ère, racontée sur des tablettes d’argile en écriture cunéiforme, a été retrouvée au XIXe siècle, lors de fouilles archéologiques à Ninive.

Le Gilgamesh en question était le roi d’Uruk (prononcer « Ourouk »), une ville située au cœur de la Mésopotamie, soit grosso modo l’Irak actuel. Violent et cruel, ce monarque régnait en despote sur ses sujets, raison pour laquelle chacun espérait sa mort pour vivre enfin en paix… Or, personne n’osait défier ce tyran, car tous redoutaient sa force cyclopéenne. Aussi, pour venir en aide à cette population désespérée, la déesse Aruru décida de fabriquer dans l’argile un personnage qu’elle appela Enkidu. Elle lui donna pour vocation de terrasser ledit tyran, puis elle l’envoya sur Terre, suffisamment près d’Uruk pour qu’il ne tarde pas à rencontrer Gilgamesh.

En ce temps-là, le droit de cuissage existe déjà et le despote en abuse. Ce roi abusif s’apprête même à violer une jeune mariée. Scandalisé, Enkidu s’oppose à ce que Gilgamesh outrage la jeune femme. Commence alors une lutte féroce entre les deux hommes. Le combat dure longtemps, mais les deux adversaires épuisés se rendent compte qu’ils sont de force égale et qu’aucun ne triomphera. Ils décident donc d’en finir en devenant amis.

Ce lien créé à son insu exaspère la princesse Aruru. Je passe sur les aventures extraordinaires que vit le couple dans des combats qu’ils surmontent à chaque fois. Certains lecteurs ont soupçonné  dans l’apothéose de cette amitié une homosexualité sous-jacente, alors qu’à l’époque de cette épopée, cette promiscuité amicale n’avait rien de suspect et encore moins de répréhensible. Plus subtils, d’autres lecteurs ont simplement vu dans cette amitié virile la liaison du bon et du mauvais. Mais la déesse Aruru veut se venger : elle provoque une maladie dont Enkidu va mourir, au grand désespoir de Gilgamesh qui s’en arrache les cheveux.

Gilgamesh, qui découvre avec ce deuil l’éphémérité des êtres humains, va alors se lancer dans une quête nouvelle. Il veut retrouver un certain Ut-Napishtim, qui a survécu au Déluge – ce thème du déluge est communément exploité dans différentes civilisations, avec des versions adaptées. Il finit par le trouver après bien des aventures « homériques ». Il apprend de la bouche de ce sage retrouvé, ce que fut le Déluge et aussi comment se procurer l’herbe magique qui lui assurera la vie éternelle. Gilgamesh finit non sans mal par récupérer cette précieuse plante et s’en retourne donc chez lui, l’âme légère.

L’Épopée est un questionnement sur la condition humaine avec ses limites et surtout la mort inéluctable qui en sanctionne le déroulement. Obsédé par cette perspective, Gilgamesh se lance dans la recherche effrénée – mais vouée à l’échec – d’une solution pour ne pas mourir.

 

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